Artisans & Savoir-faire

Le Frac Île-de-France célèbre 40 ans en rendant l’art contemporain à la portée de tous

Galerie d'art contemporain lumineuse avec oeuvres d'art colorées sur murs blancs

En bref

  • Exposition : « Gunaikeîon » fête les 40 ans du Frac Île-de-France, répartie entre Les Réserves et la chaufferie de la Fondation Fiminco à Romainville.
  • Accès pratique : 43, rue de la Commune-de-Paris (93) — métro Bobigny–Raymond Queneau (ligne 5) — entrée libre, horaires mentionnés ci-dessous.
  • Programme curatoriel : cinq commissaires femmes, chapitres thématiques, œuvres puisées dans les réserves et invitées extérieures pour favoriser l’accessibilité et la sensibilisation au art contemporain.
  • Ce que ça change : une mise en visibilité du patrimoine artistique francilien installée dans d’anciens laboratoires, un exemple de culture de proximité et d’initiatives pour l’art pour tous.
Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir
Dates clés Exposition inaugurée en octobre 2023, programmation visible jusqu’au 24 février 2024 (chapitres successifs).
Adresse et accès 43, rue de la Commune-de-Paris, Romainville (Seine‑Saint‑Denis). Métro Bobigny–Raymond Queneau (ligne 5).
Entrée Libre. Horaires : mercredi-samedi, 14 h–19 h. Vérifier le site officiel pour ateliers et visites guidées.

Comment visiter « Gunaikeîon » au Frac Île‑de‑France sans se sentir exclu ?

Sur la toile tendue du hall des Réserves, l’inscription d’Eva Barto — « Sorry, you are not on the list » — résume la gêne que ressent parfois un public face à l’art contemporain. La proposition du Frac Île‑de‑France pour ses 40 ans s’attaque précisément à cette distance : cinq commissaires femmes ont conçu des chapitres pensés pour être parcourus sans prérequis technique.

Première règle pratique : préparer sa visite en vérifiant les horaires mis à jour sur le site du Frac. Les Réserves sont situées au 43, rue de la Commune‑de‑Paris à Romainville (Seine‑Saint‑Denis). L’exposition qui a démarré le 15 octobre 2023 a été présentée en plusieurs temps, et certaines parties — notamment la chaufferie de la Fondation Fiminco — ont été accessibles jusqu’au 16 décembre 2023 avant d’être partiellement réexposées dans d’autres espaces.

Sur le terrain, repérer une œuvre commence par nommer ce que l’on voit : une toile de Jacques Monory, une photo de Mayssa Jaoudat, une installation de Shimabuku. Les cartels indiquent les dates de production et le contexte ; les médiateurs présents lors des séances publiques expliquent les gestes et les matériaux. Pour qui préfère une approche plus active, le Frac propose des visites guidées thématiques (consulter le calendrier officiel) ; pour qui veut une entrée plus libre, mieux vaut arriver en début d’après‑midi, quand la lumière naturelle traverse les grandes baies des anciens laboratoires Roussel‑Uclaf — la patine du métal et l’odeur douce du carton d’emballage donnent déjà des indices sur l’histoire du lieu.

Exemple concret : lors d’un créneau mercredi après‑midi, un groupe d’étudiants a été invité à relier la série policière de Camille Martin au tableau « Énigme 17 » (1995) de Monory. La consigne de la médiatrice — poser trois questions au cartel et au commissaire — a transformé une impression d’opacité en curiosité. On ressort avec des noms, des dates et un détail sensoriel : le son léger du sable qui tombe dans l’installation de Stéphanie Brossard, déclenché par des impulsions sismiques récentes, reste en mémoire.

Pour ne pas rester spectateur, trois gestes simples à appliquer avant d’entrer : 1) lire un cartel, 2) écouter trois minutes un médiateur, 3) noter un titre et un nom pour les retrouver plus tard. Ces gestes permettent d’entrer dans la logique d’une œuvre sans prétendre tout comprendre d’emblée.

Le dernier point pratique concerne l’accessibilité physique et financière : l’entrée est libre et les conditions de visite (horaires, fermetures de sections) doivent être vérifiées en ligne. Le Frac a installé ses réserves sur le site de Komunuma en 2022, transformant d’anciens locaux industriels en un lieu d’où la plupart des actions de diffusion partent encore aujourd’hui. Insight : nommer ce que l’on voit est le premier petit acte d’appropriation qui rend l’art contemporain moins distant.

Ancienne chaufferie industrielle rénovée avec visiteurs regardant des oeuvres d'art

Quelles œuvres repérer et pourquoi elles comptent pour le patrimoine artistique francilien ?

La visite prend une autre dimension si l’on replace chaque pièce dans la collection et dans le territoire. Le Frac Île‑de‑France est un dépositaire de la création régionale depuis 1983 ; installer ses réserves dans les anciens laboratoires pharmaceutiques Roussel‑Uclaf à Romainville donne à la collection une géographie concrète et datée. Le bâtiment lui‑même devient un élément du patrimoine contemporain.

Parmi les œuvres qui structurent la visite, la toile de Jacques Monory, utilisée comme point de départ par la commissaire Camille Martin, joue le rôle d’armature. Martin transforme la salle en enquête : tableaux, photographies et films deviennent des indices. Ainsi, les photographies nocturnes de Mayssa Jaoudat, prises à Vancouver et montrant des architectures de l’ombre, font écho à la scène policière de Monory et tissent un récit translocal entre Paris et l’Amérique du Nord.

Autre pièce : « Glissement de terrain » de Stéphanie Brossard, une table en fer surmontée d’un monticule de sable qui vibre selon des séismes réels. L’œuvre articule science et esthétique et offre une lecture tangible des risques naturels, liant la création à des données précises : on voit l’impulsion correspondant à un tremblement au Japon à 10 h 01 et, quelques minutes plus tard, celle du Nicaragua. Cette mise en lien d’événements réels et d’artefacts muséaux rappelle que la collection du Frac n’est pas seulement un inventaire mais une matière vivante connectée à des faits contemporains.

Le chapitre d’Elsa Vettier, « Ascendant idéal », interroge la communication manquée ; Shimabuku, présent dans la programmation, propose des rencontres improbables — un poulpe avec des pigeons — qui forcent à repenser les frontières entre genres et espèces. Daisy Lambert, par le prisme de l’afrofuturisme, ouvre une temporalité autre, mêlant effondrement et désirs d’avenir. Victor Burgin, avec « The End », propose une vision urbaine post‑catastrophe qui résonne avec les imaginaires cinématographiques contemporains.

Pourquoi cela compte pour le patrimoine ? Parce que le Frac conserve et diffuse des œuvres qui documentent les préoccupations artistiques des dernières décennies et qu’il place ces pièces dans un dialogue avec le public local. Le choix de commissaires femmes — cinq voix distinctes — refracte une politique culturelle datée : nomination de Céline Poulin comme directrice en mai 2023, et programmation visant la diversité de perspectives. La dimension patrimoniale se mesure aussi à l’usage : ces œuvres sont montrées, empruntées, commentées et parfois réaffectées à d’autres lieux.

Pour le visiteur, repérer deux ou trois œuvres et retenir leur date de création, leur auteur et le contexte suffit pour transformer une simple sortie en un acte de conservation partagée. Insight : chaque tableau nommé et daté par un visiteur contribue, à sa façon, à la transmission du patrimoine artistique francilien.

Comment le Frac Île‑de‑France concrétise l’accessibilité de l’art contemporain pour les publics locaux ?

La politique du Frac ne se limite pas à exposer : elle se décline en actions de diffusion, en médiation et en dispositifs de sensibilisation. Le Fonds régional, dans sa présentation publique, affirme son triple rôle : enrichissement, conservation et diffusion de la collection. Cette mission se traduit par des pratiques concrètes sur le site de Komunuma et auprès des publics franciliens.

Sur la forme, l’exposition « Gunaikeîon » a été conçue en chapitres complémentaires, pensés par des commissaires différentes. Cette structure facilite des points d’entrée multiples pour le public : certains visiteurs sont attirés par une ligne narrative (polar, techno‑nature, afrofuturisme), d’autres par une matérialité (sculpture, parfum, photographie). En rendant visible la pluralité des formes, le Frac réduit l’obstacle culturel : il montre que l’art contemporain n’est pas un style unique mais un ensemble de pratiques.

Sur le fond, les actions de médiation — visites guidées, rencontres, ateliers de pratiques artistiques — sont annoncées régulièrement et souvent gratuites. Le principe d’« art pour tous » ne signifie pas dilution : il suppose une adaptation des formats. Par exemple, des rencontres courtes et thématiques permettent à des parents pressés ou à des salariés en pause de s’immerger quinze minutes dans une proposition artistique sans y consacrer une demi‑journée.

La mise à disposition des réserves dans un bâtiment industriel réhabilité facilite les passerelles avec des acteurs locaux : associations de Romainville, compagnies artistiques implantées dans la cour de Komunuma, la Fondation Fiminco. Ces collaborations amplifient la diffusion hors des murs : conférences en bibliothèque municipale, parcours scolaires spécialisés et prêts d’œuvres pour des expositions de quartier.

Un contrepoint à garder : l’accessibilité matérielle n’efface pas les inégalités de temps disponible, de capital culturel ou d’intérêt. L’impact réel dépend de l’effort de programmation territoriale et des financements pérennes. Une œuvre montrée dans une chaufferie industrielle ne se traduit pas automatiquement par un public nouveau si les horaires, la communication et les transports restent mal adaptés.

Exemple concret : une séance de sensibilisation organisée en 2023 avec des collégiens de la Seine‑Saint‑Denis a permis d’évaluer l’effet d’une visite co‑construite — retour en 2024 montre une participation accrue aux ateliers locaux. Insight : l’accessibilité s’obtient par l’adaptation des formats, la coopération de territoire et la visibilité continue, pas par une seule exposition événementielle.

Quels effets pour Romainville et comment en tirer parti à l’échelle d’un quartier ?

L’installation des Réserves du Frac dans les anciens laboratoires Roussel‑Uclaf donne au quartier une visibilité culturelle nouvelle. Romainville n’est pas transformé du jour au lendemain : l’arrivée de visiteurs modifie des flux, soutient quelques commerces de proximité mais met aussi en lumière des fragilités — loyers, besoins de mobilisation associative, horaires divergents entre lieux culturels et services du quotidien.

Pour illustrer, prenons le personnage fil conducteur de cet article : Sophie, salariée du 11e qui vient régulièrement à Romainville le week‑end pour voir des expositions. Sophie repère une librairie indépendante près de la rue de la Commune‑de‑Paris, parle avec le libraire de la station Bobigny et finit par signaler à des voisins une programmation d’ateliers. Ce petit enchaînement — visite → rencontre → recommandation — est l’un des mécanismes par lesquels une exposition régionale diffuse dans le tissu local.

L’impact économique est mesurable mais limité : cafés et commerces autour des lieux culturels constatent un afflux ponctuel pendant les vernissages. Sur le plan social, les partenariats entre la Fondation Fiminco et des associations locales renforcent les réseaux. En matière d’urbanisme culturel, l’exemple de Komunuma montre comment la réhabilitation d’un site industriel peut créer une centralité nouvelle, sans pour autant gommer les inégalités existantes.

Pour prolonger la visite, des parcours de proximité existent et peuvent être croisés avec des promenades thématiques. Par exemple, une balade le long de la Marne, évoquée sur ce guide local, offre un contraste entre industrie culturelle et berges paysagères : Balade Marne & canotiers. Et pour qui souhaite compléter la sortie par un espace vert historique, la lecture sur le Parc Jean‑Moulin éclaire les mutations paysagères de la métropole : Parc Jean‑Moulin — histoire.

Nuance essentielle : la présence d’un grand équipement culturel n’est pas un remède unique. Elle doit s’accompagner d’une politique d’aménagement, d’horaires compatibles avec la vie des habitants et d’un calendrier d’actions pour les publics éloignés. Insight : la culture de proximité se construit pas à pas, par des rencontres et des petits gestes qui lient visiteurs et riverains.

Que faire maintenant : trois gestes concrets pour ramener l’expérience du Frac dans sa rue

Transformer une sortie au Frac en action locale ne demande pas de grand plan. Voici des gestes simples, applicables par un·e habitant·e curieux·se comme Sophie.

  • 1 — Nommer et partager : après une visite, noter un titre et un nom d’artiste et le partager dans la newsletter d’immeuble ou sur la page Facebook du quartier. Ce petit acte transforme l’œuvre en objet de conversation.
  • 2 — Inviter un voisin : proposer une visite commune ou un rendez‑vous devant la chaufferie (ou ses expositions qui ont circulé ailleurs) crée une mise en relation concrète entre publics différents.
  • 3 — Emporter une médiation : photocopier un cartel, rapporter une question posée lors de la visite et la soumettre à une bibliothèque municipale pour organiser une rencontre‑débat.

Liste pratique d’outils à consulter avant une visite :

  1. Le calendrier du Frac pour les ateliers et visites.
  2. Les informations de transport (métro ligne 5) et d’accessibilité.
  3. Les ressources locales (Fondation Fiminco, Komunuma) pour les événements complémentaires.
Geste Effet attendu
Nommer et partager Plus de conversations de voisinage autour de l’art
Inviter un voisin Participation accrue et mixité des publics
Emporter une médiation Initiation collective et appropriation locale

Ces gestes ne sont pas des recettes miracles mais des outils concrets pour transformer une exposition en ressource de quartier. Pour prolonger encore la sortie culturelle, des itinéraires thématiques et des lectures locales sont disponibles en ligne, utiles pour construire un dimanche de découvertes sensibles et territoriales. Insight final : rapporter un nom d’artiste à son voisin fait plus pour la transmission culturelle qu’une seule visite isolée.

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Quelles sont les dates et lieux de l’exposition « Gunaikeîon » ?

L’exposition a été présentée à partir du 15 octobre 2023 entre Les Réserves du Frac Île‑de‑France et la chaufferie de la Fondation Fiminco à Romainville. Certaines sections étaient accessibles jusqu’au 16 décembre 2023, avec une programmation poursuivie dans d’autres espaces jusqu’au 24 février 2024.

Comment se rendre aux Réserves du Frac Île‑de‑France ?

Adresse : 43, rue de la Commune‑de‑Paris, Romainville (Seine‑Saint‑Denis). Accès en transport en commun via la station Bobigny–Raymond Queneau (ligne 5). Horaires généralement mercredi à samedi, 14 h–19 h ; vérifier le site officiel pour les mises à jour.

L’entrée est‑elle gratuite et adaptée aux familles ?

L’entrée a été libre pour l’exposition anniversaire. Les formats de visite incluent souvent des séances adaptées aux familles et des ateliers ; consulter le calendrier du Frac pour les créneaux spécifiques et les conditions d’accueil.

Où trouver des ressources pour prolonger la visite dans le Grand Paris ?

Des parcours locaux et des lectures sur les espaces culturels et verts du Grand Paris peuvent compléter la visite, comme les promenades le long de la Marne ou l’histoire du Parc Jean‑Moulin. Ces guides locaux offrent des idées d’itinéraires à proximité.

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