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ArcelorMittal : le visage caché du charbon du Mozambique derrière l’illusion de l’acier vert

Mine de charbon à ciel ouvert au Mozambique avec engins de chantier au coucher du soleil

En bref

  • Un cargo de 230 m a livré 79 000 tonnes de charbon mozambicain à Dunkerque le 21 août 2025 (source : Kpler / Aria).
  • La mine de Moatize (Vulcan Minerals / Jindal) extrait environ 12 millions de tonnes par an ; des capteurs ont mesuré jusqu’à 340 µg/m³ de PM10 en septembre-octobre 2024 (source : Justiça Ambiental).
  • ArcelorMittal a reçu au moins 244 millions d’euros d’aides publiques depuis 2021 et a abandonné l’usage prévu d’hydrogène pour Dunkerque, repoussant ses objectifs (source : calculs Disclose / Ademe / DGE).

Sur la plage de Malo, le 21 août 2025, des vacanciers ont vu un cargo s’approcher : longue silhouette, cales pleines d’une roche noire. Le navire a accosté dans le port de Dunkerque, et une partie du charbon est entrée dans la chaîne d’approvisionnement de l’usine d’ArcelorMittal. Ces opérations – quantifiées, datées et suivies par des ONG et des sociétés de suivi des flux – jettent une lumière crue sur la tension entre promesses d’acier vert et réalité de la dépendance au charbon.

Peu de temps ? Voilà ce qu’il faut retenir
Origine du charbon Port de Nacala (Mozambique) — cargaison arrivée à Dunkerque le 21/08/2025 (Kpler / Aria).
Impacts sanitaires PM10 jusqu’à 340 µg/m³ à Moatize (sept.-oct. 2024) ; métaux (vanadium, manganèse) très élevés (Justiça Ambiental, études scientifiques).
Aides publiques Au moins 244 M€ versés depuis 2021 pour la décarbonation annoncée de Dunkerque (Disclose / Ademe / DGE).

Pourquoi savoir d’où vient le charbon d’ArcelorMittal change la donne sur l’« acier vert »

Sur une jetée de Dunkerque, la scène est concrète : un cargo de 230 mètres décharge un matériau noir, lourd, qui se dépose en tas et se soulève en nuages quand il est manipulé. Le 21 août 2025, cette image s’est superposée aux plans de transition d’ArcelorMittal : promesses d’un parc furnaces alimentés à l’hydrogène, aides publiques, communication sur un avenir bas-carbone. Mais le charbon mozambicain, arrivé depuis le port de Nacala et extrait à Moatize, montre que la trajectoire industrielle est encore largement calée sur une matière fossile.

Deux éléments factuels recentrent la discussion. D’une part, la cargaison de 79 000 tonnes documentée par la société de données Kpler et transmise aux ONG via Aria fournit une preuve concrète d’approvisionnement externe, datée et traçable. D’autre part, les chiffres d’émissions de l’aciérie dunkerquoise — près de 12 millions de tonnes de CO2 par an — replacent le site parmi les plus émetteurs de France, représentant environ 15 % des émissions industrielles nationales (source : calculs sectoriels 2025, Disclose / Ademe).

L’enjeu n’est pas rhétorique : il porte sur la crédibilité des plans de transition. Depuis 2021, l’entreprise a perçu au moins 244 millions d’euros d’aides publiques destinées à réduire son impact. Ces fonds ont été alloués sous condition de transformations techniques et d’un calendrier précis. Or, le projet dunkerquois, initialement prévu pour remplacer deux hauts-fourneaux par deux fours électriques et intégrer de l’hydrogène d’ici 2027, a été reporté à 2029 et réduit à un seul four — l’option hydrogène ayant été abandonnée dans la version la plus récente (source : notes publiques et communiqués 2021–2025 compilés par Disclose).

Concrètement, cela signifie que des financements publics ont soutenu une trajectoire qui n’est plus alignée sur ce qui avait été présenté. Pour un lecteur urbain ou pour un élu local, la question pratique est simple : la transition promise produit-elle des résultats traçables aujourd’hui ? Les documents publics d’ArcelorMittal ne détaillent pas systématiquement l’origine des combustibles utilisés, ce qui rend difficile la vérification indépendante.

Insight final : demander de la transparence sur les approvisionnements n’est pas une posture idéologique, c’est une condition de vérifiabilité des engagements de l’industrie sidérurgique. Les noms, les ports d’embarquement et les volumes existent — et peuvent être interrogés par les collectivités, par la presse ou par des ONG.

Engin de chantier minier dans une mine de charbon à ciel ouvert au Mozambique

Comment vérifier l’origine du charbon : démarches pratiques pour citoyens et élus

La traçabilité est une affaire de documents et d’acteurs. Pour savoir si le charbon utilisé par une aciérie vient du Mozambique, trois sources sont utiles et accessibles : les données des courtiers maritimes (ex. Kpler), les déclarations en douane publiées par les ports, et les rapports d’achat des entreprises lorsqu’ils existent.

Première étape : demander le fournisseur et le port d’embarquement. Une lettre adressée au service achats d’ArcelorMittal — ou une question en conseil municipal adressée au représentant local — peut exiger la communication des origines des cargaisons reçues sur une période donnée (ex. année 2025). Le droit à l’information ne garantit pas tout, mais crée un précédent documentaire et force souvent une réponse circonstanciée.

Deuxième étape : croiser avec des données tierces. Kpler, qui a fourni l’information sur la cargaison du 21 août 2025, publie des flux maritimes consultables par abonnement. Les ONG comme Justiça Ambiental ou Aria partagent parfois des extraits pertinents. Pour une collectivité, solliciter un partenariat avec une association habilitée à obtenir ces flux est une solution pragmatique.

Troisième étape : utiliser la loi. En France, le dispositif du devoir de vigilance oblige les grands groupes à publier une cartographie des risques et les mesures prises. Les collectivités et associations peuvent demander la communication des diligences réalisées vis‑à‑vis des fournisseurs identifiés — cela inclut la vérification des impacts sociaux et environnementaux chez les fournisseurs comme Vulcan Minerals.

Exemple concret : une commune peut, par délibération du conseil municipal, demander à être informée des volumes et origines des combustibles réceptionnés sur un port local et saisir la préfecture si la transparence n’est pas respectée. Pour un lecteur, la checklist à conserver est simple :

  • Demander le nom du fournisseur et le port d’embarquement pour chaque cargaison.
  • Croiser avec les données Kpler ou équivalentes.
  • Vérifier l’existence d’une évaluation de diligence raisonnable publique (devoir de vigilance).

Pour approfondir, voici un document audiovisuel utile :

En demandant ces éléments, on passe de l’opacité à la documentation — condition nécessaire pour évaluer la sincérité des discours sur l’acier vert.

Quelles preuves sanitaires et écologiques existent à Moatize et que révèlent-elles sur l’impact écologique

La scène sur place est précise : le balayage d’une poussière noire sur les murs, des fissures sur des façades neuves, des explosions programmées à midi qui font trembler les habitations. À Moatize, les effets sont mesurés et documentés. Des capteurs installés entre septembre et octobre 2024 ont relevé des pics de PM10 jusqu’à 340 µg/m³ près d’un hôtel, soit plus de sept fois la recommandation de l’OMS (source : Justiça Ambiental).

Ces mesures ne sont pas isolées. Une étude publiée en février 2025 dans la revue Environmental Geochemistry and Health a analysé 30 échantillons d’eau autour de la mine et détecté des concentrations élevées de métaux comme le cuivre et le sélénium, compatibles avec des risques pour le foie, les reins et le développement neurologique chez les enfants (Environmental Geochemistry and Health, février 2025).

Des témoignages recueillis sur place en août 2025 donnent une dimension humaine aux chiffres. Isabel Graça Correia, 43 ans, a décrit à des journalistes l’impact sur les familles et la santé maternelle : son entretien, mené à Moatize par une équipe d’investigation et publié avec Disclose, lie des antécédents de tuberculose et des difficultés de suivi médical à l’augmentation des poussières. D’autres riverains, comme Marcos Xadreque Chabluca, rapportent la disparition de récoltes : « Je plante du maïs, mais les champs ne produisent plus », a-t-il expliqué lors d’une visite de terrain.

La pollution l’atteint aussi matériellement : en janvier 2025, un projectile issu d’une explosion a éventré une maison — témoignage recueilli et vérifié par des reporters locaux. Les conséquences agissent en cascade : déplacement temporaire des habitants lors des tirs, perte de revenus agricoles, saturation des structures de santé locales. Le seul hôpital de Moatize est largement financé par l’exploitant minier, ce qui complexifie l’accès à une parole indépendante de la part des soignants (source : médias locaux, février 2022).

En parallèle, les mesures prises à Dunkerque montrent des niveaux de particules jusqu’à 64 µg/m³ sur la même période, ce qui signale que la chaîne d’effets n’est pas exclusivement locale au Mozambique mais traverse les continents via l’usage industriel de ce charbon (comparaison des capteurs, sept.-oct. 2024).

Insight final : les preuves combinent données de qualité de l’air, analyses hydrologiques et témoignages de terrain. Cela dessine un impact écologique et sanitaire documenté suffisamment solide pour exiger des contrôles indépendants sur les fournisseurs des grands acheteurs d’énergies fossiles.

Que peut faire une collectivité locale : obligations, aides publiques et leviers d’influence

Les collectivités ont des outils concrets pour peser. D’abord, elles sont allocataires ou prescriptrices d’aides et peuvent conditionner des soutiens locaux (urbanisme, autorisations portuaires, prises de parole institutionnelles). Ensuite, la loi française impose aux grandes entreprises un devoir de vigilance qui couvre la prévention des atteintes aux droits humains et à l’environnement chez les fournisseurs.

Concrètement, une collectivité peut :

  • Solliciter officiellement les informations sur les fournisseurs et la diligences réalisées par l’aciérie (lettre du maire, question au préfet).
  • Intégrer des clauses de transparence dans tout partenariat public avec l’entreprise.
  • Soutenir ou financer des campagnes de surveillance environnementale indépendante aux abords des installations portuaires et industrielles.

Les chiffres aident à argumenter. Les 244 millions d’euros d’aides publiques depuis 2021 (calculs relayés par Disclose d’après Ademe et la Direction générale des entreprises) constituent un levier politique : leur conditionnalité peut être rediscutée si les engagements techniques pris initialement ne sont pas tenus. Par ailleurs, la rentabilité de l’entreprise — bénéfice net de l’ordre de 3,15 milliards de dollars en 2025 (chiffres consolidés) — accroît la légitimité d’exiger des transparences sur l’utilisation des fonds.

Enfin, les élus peuvent mobiliser l’expertise technique : conventions avec des laboratoires universitaires pour la surveillance de la qualité de l’air, appui à des ONG pour l’analyse des flux commerciaux, et demandes formelles de contrôle auprès des services de l’État. Agir, c’est transformer des inquiétudes en dossiers vérifiables.

Insight final : les leviers existent au niveau local ; la question est de les actionner en ciblant la transparence des approvisionnements et la conditionnalité des aides publiques.

Trois gestes concrets à réclamer aujourd’hui — qui agiront sur l’illusion verte

Pour un lecteur urbain habitant près d’une aciérie ou pour un élu, voici trois mesures opérationnelles à demander dès maintenant. Chacune est assortie d’un responsable et d’un délai raisonnable.

Mesure Responsable à interpeller Délai proposé
Publier la liste des fournisseurs et ports d’embarquement Mairie / Préfecture → ArcelorMittal (service achats) 30 jours
Financer une campagne indépendante de surveillance de la qualité de l’air Collectivité locale + association environnementale 3 mois
Conditionner le versement d’aides publiques État / Autorités de financement Revue annuelle

Une autre mesure utile est le soutien aux ONG qui documentent les flux : elles disposent souvent d’abonnements à des données maritimes (Kpler, Refinitiv) et en font la synthèse pour le public. Enfin, déposer une demande formelle au titre du devoir de vigilance pour obtenir l’évaluation des risques effectuée vis‑à‑vis de fournisseurs comme Vulcan Minerals est une démarche juridique possible.

Liste de contrôle à transmettre à son élu :

  1. Demander l’origine des combustibles (nom fournisseur, port, volume, date).
  2. Se faire communiquer les études environnementales réalisées par l’entreprise.
  3. Exiger un plan de mitigation pour les populations affectées dans les zones d’extraction.

Insight final : demander ces pièces ne prend pas une réunion entière — c’est une série de courriers et de demandes publiques qui, mis bout à bout, restreignent l’espace de l’« illusion verte » et obligent les acteurs à rendre des comptes.

D’où venait la cargaison arrivée à Dunkerque le 21 août 2025 ?

Les données maritimes consultées par les ONG et relayées par Kpler indiquent que le cargo venait du port de Nacala, au Mozambique, chargé de 79 000 tonnes de charbon (source : Kpler / Aria / Disclose, août 2025).

Quels risques sanitaires ont été documentés à Moatize ?

Des capteurs ont mesuré jusqu’à 340 µg/m³ de PM10 (sept.-oct. 2024) et des études publiées en février 2025 ont relevé des métaux dans l’eau. Témoignages locaux rapportent une hausse de maladies respiratoires et des impacts sur l’agriculture (sources : Justiça Ambiental ; Environmental Geochemistry and Health, 2025).

Que peut faire un citoyen qui veut agir ?

Contacter son élu pour demander la transparence des approvisionnements, soutenir ou financer une campagne de surveillance indépendante, et saisir des ONG spécialisées pour obtenir des analyses et des données publiques.

Le devoir de vigilance peut-il contraindre ArcelorMittal ?

La loi française impose une obligation de vigilance aux grandes entreprises. Les collectivités et associations peuvent demander la publication des mesures de diligence et saisir la justice en cas de manquement documenté.

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